Ici, le chauffage électrique n'est pas une exception
Dans le Bas-Valais, l'électricité directe chauffe une grande part des maisons dès qu'on prend de l'altitude. Le registre fédéral des bâtiments donne au moins 41 % des bâtiments d'habitation à Bourg-Saint-Pierre et sur la commune de Val de Bagnes, au moins 38 % à Orsières et dans la combe de Martigny-Combe, au moins 36 % à Trient, au moins 34 % sur les hauts de Leytron. On écrit « au moins » pour une bonne raison : près d'un bâtiment sur cinq n'a aucun agent énergétique renseigné dans ce registre. Le chiffre réel est donc plus haut, jamais plus bas.
Si vous vous chauffez ainsi, vous n'êtes pas un cas rare. Vous êtes même le cas le plus courant de la région — et celui pour lequel les informations qui circulent sont les moins adaptées, parce qu'elles sont presque toutes écrites pour des maisons à chaudière.
Vous ne remplacez pas une chaudière : vous créez un circuit
Une maison à convecteurs n'a ni chaudière, ni tuyaux, ni radiateurs à eau. Chaque pièce fabrique sa chaleur dans son coin, à partir du courant. Une pompe à chaleur air-eau, elle, fabrique de l'eau chaude à un seul endroit et l'envoie dans toute la maison. Il faut donc construire ce qui n'existe pas : une distribution hydraulique, c'est-à-dire des tuyaux et des émetteurs de chaleur dans chaque pièce.
C'est le vrai sujet. La machine posée dehors coûte ce qu'elle coûte ; ce qui fait la différence de prix, de délai et de désordre, c'est la distribution. Comptez, pour une installation air-eau complète dans une maison individuelle, un budget posé de l'ordre de CHF 28'000 à CHF 45'000, la création du circuit tirant naturellement vers le haut de la fourchette. Le détail des postes est repris sur notre page consacrée au budget d'une installation.
Les trois familles d'appareils, et ce qu'elles changent
- Les convecteurs. Une résistance, une grille, un thermostat. Ils se déposent en une matinée et laissent le mur presque intact. C'est le cas le plus simple à traiter, et le plus fréquent dans les chalets et les maisons de village rénovées dans les années 1970 et 1980.
- Les panneaux rayonnants. Même principe, un confort un peu différent. Rien ne change pour votre projet.
- Les radiateurs à accumulation. Ce sont les gros blocs qui chargent la nuit et restituent la chaleur la journée. Ils sont lourds, ils contiennent des briques réfractaires, et leur dépose est un vrai poste de chantier. Ils supposent aussi un compteur à double tarif : vérifiez ce que devient votre abonnement avant de signer quoi que ce soit.
Ce que la loi valaisanne demande — et ce qu'elle ne demande pas
C'est le point sur lequel on lit le plus de bêtises, souvent recopiées d'un site vaudois. Le Valais distingue deux situations.
Si votre maison est chauffée par une chaudière électrique qui alimente des radiateurs ou un sol chauffant à eau, la LcEne (RS/VS 730.1) vous demande, à son article 39, de la remplacer par une production renouvelable dans un délai de quinze ans dès le 1er janvier 2025, soit d'ici 2040.
Si vous chauffez avec des convecteurs ou des radiateurs à accumulation, aucune date butoir ne vous est imposée en Valais : l'article 40 alinéa 1 de la même loi ne déclenche l'obligation que si vous changez l'ensemble du système ou si vous rénovez lourdement l'intérieur, ce que l'OcEne (RS/VS 730.100) appelle à son article 63 une rénovation d'envergure. Les textes se lisent en ligne sur lex.vs.ch.
Contrairement à ce qu'on lit souvent, l'échéance de 2033 dont parlent nos voisins est une règle vaudoise. Elle ne s'applique pas ici. La frontière passe au milieu du périmètre : ce qui vaut à Bex ne vaut pas à Massongex, et ce qui vaut à Lavey ne vaut pas à Saint-Maurice. Deux ponts, deux droits.
Autrement dit : vous n'êtes pas obligé de faire ces travaux maintenant. Vous avez le droit de les faire quand ça vous arrange — et c'est précisément pour ça qu'il vaut mieux les préparer à froid plutôt que dans l'urgence.
Créer le circuit : trois façons de faire
Le règlement cantonal fixe une limite utile à connaître : un système d'émission neuf ou remplacé doit être dimensionné pour ne pas dépasser 50 °C de température de départ, et 35 °C pour un chauffage de sol (OcEne art. 36 al. 1). Ce n'est pas une contrainte de plus, c'est la plage dans laquelle une pompe à chaleur travaille bien. Puisque vous partez d'une page blanche, autant viser bas dès le départ.
- Des radiateurs à eau largement dimensionnés. La solution la plus simple. On perce, on passe les tuyaux, on pose. Les grands modèles plats acceptent de travailler autour de 45 à 50 °C sans faire de bruit ni sécher l'air.
- Un chauffage au sol fraisé dans la chape existante. On rainure le sol en place, on y noie le tube, on referme. Pas de démolition, pas de perte de hauteur sous plafond notable. C'est ce que sait faire notre installateur partenaire, et c'est souvent la meilleure réponse dans une maison sans circuit — on y revient dans le guide sur le sort des émetteurs de chaleur.
- Un mélange des deux. Sol dans le séjour et la cuisine, radiateurs dans les chambres et la salle d'eau. Personne ne vous oblige à choisir un seul système.
La mesure de soutien qui existe précisément pour ce cas
Le canton connaît ce chantier et l'a codé : la mesure IP-19 de la directive cantonale en vigueur vise la création d'une première distribution hydraulique dans un bâtiment qui n'en a pas. La mesure M-05 vise, elle, la pompe à chaleur air-eau elle-même. Le montant dépend de la mesure et change chaque année ; il se consulte sur le portail officiel portal.energie-foerderung.ch/vs, jamais dans une brochure commerciale.
Retenez surtout le calendrier, détaillé dans notre guide sur les aides du canton et leur calendrier : la demande se dépose avant tout début de travaux, et l'on attend au minimum l'accusé de réception du Service de l'énergie. Si le chantier a commencé, le dossier n'est pas examiné du tout.
Et si le circuit n'est pas possible ?
Ça arrive : appartement en propriété par étages, chalet occupé quelques semaines par an, budget serré, bâtiment classé. Dans ces cas-là, une pompe à chaleur air-air — de l'air soufflé, pas d'eau, pas de tuyaux — chauffe très correctement un volume ouvert et coûte nettement moins cher à installer.
Une réserve importante, parce qu'elle décide de votre dossier d'aide : la pompe à chaleur doit couvrir l'ensemble de vos besoins de chaleur. Des convecteurs qu'on garderait en appoint dans les chambres suffisent à disqualifier une demande. À vérifier avant de commander, pas après.
L'eau chaude, à traiter dans le même mouvement
Votre boiler électrique, lui, obéit à d'autres articles : la LcEne traite les chauffe-eau à ses articles 41 et 42, avec des règles distinctes selon qu'ils sont centralisés ou non. Dans une maison où l'on refait tout, la question se pose de toute façon : soit la pompe à chaleur produit aussi l'eau chaude, soit on pose un chauffe-eau thermodynamique indépendant. Poser le nouveau chauffage sans regarder le boiler, c'est repasser une deuxième fois par la cave dans trois ans.
L'ordre des opérations
| Étape. | Ce qu'on fait. | Le point de vigilance. |
|---|---|---|
| 1. L'état des lieux. | On regarde les murs, les fenêtres, l'isolation du toit et vos factures d'électricité des trois dernières années. | Le règlement demande de tenir compte des consommations réelles en rénovation (OcEne art. 32 al. 2). |
| 2. Le calcul de puissance. | On calcule les déperditions selon la norme SIA 384/2:2020, avec la température de dimensionnement de votre altitude. | Une machine trop grosse s'use plus vite qu'une machine juste — voir le calcul en altitude. |
| 3. Le choix des émetteurs. | Radiateurs, sol fraisé ou mélange des deux, avec la température de départ visée. | C'est ici que se joue la consommation des vingt prochaines années. |
| 4. Le dossier. | Demande d'aide déposée, puis annonce à la commune au minimum 60 jours avant les travaux. | Deux dossiers différents, deux destinataires différents, dans cet ordre. |
| 5. Le chantier. | Pose de la distribution, puis de la machine, puis mise en service et réglages. | Les réglages de courbe se font à froid, en janvier, pas au mois d'août. |
Un dernier mot sur le moment. Une maison chauffée à l'électricité n'a pas de panne brutale : les convecteurs lâchent un par un, sans jamais vous mettre dehors. C'est confortable, et c'est un piège, parce que rien ne vous force à décider. Profitez-en pour faire les choses dans l'ordre plutôt que dans l'urgence — c'est exactement ce que ne permet pas une chaudière qui s'arrête. Si votre logement n'est occupé qu'une partie de l'année, lisez aussi ce qui change pour un chalet, à Verbier comme à La Tzoumaz, sur la commune de Riddes.